Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans la literie ?
Disons que tout est parti d’une expérience personnelle. A l’époque je travaillais dans la grande distribution et rien ne me prédestinait à m’intéresser à ce secteur. A l’époque je dormais mal. Je souffrais de douleurs cervicales régulières et de mal au dos. C’est donc pour répondre à mon propre besoin que j’ai cherché à créer un oreiller ergonomique qui puisse me soulager.
A cette époque, il n’existait donc pas de produits adaptés ?
Nous étions à la fin des années 80, et il n’existait rien d’autre que des sortes de minerve pour soulager ces douleurs cervicales. J’ai donc commencé, en dehors de mes heures de travail, à m’entretenir avec des kinésithérapeutes afin de définir la forme qui serait la mieux adaptée à ce type d’oreiller. Puis c’est au contact d’ingénieurs que j’ai affiné la méthode de fabrication. Il s’agissait de réaliser le premier oreiller qui puisse prendre une forme anatomique.
Qu’elle fut l’étape suivante ?
Créer une société qui puisse produire et distribuer mes oreillers m’a semblé tout à fait naturel. Alors Biotex à vu le jour en 1990. J’ai modestement commencé dans mon garage. C’est là que j’ai créé ma première gamme de produits ergonomiques. Il me semblait naturel que l’on puisse les trouver en pharmacie. Il a donc fallu que je fasse réaliser un grand nombre de tests cliniques. Ça c’est passé à l’hôpital de Purpan, et pendant des mois, nous avons testé mes oreillers sur des accidentés de la route. Les résultats étaient probants. J’ai donc pu vendre mes produits en pharmacie. Ça à été la première étape, et ça m’a permis de présenter mes produits sur les catalogues de vente par correspondance. Le marché a commencé à se développer et des concurrents sont arrivés.
C’est à ce moment que vous vous décidez à prendre une orientation différente ?
Oui. J’avais défriché le marché, mais dans les années 1995, comme je vous le disais, tous les fabricants d’oreillers s’étaient engouffrés dans la brèche. Je me suis donc demander ce que je pouvais faire de nouveau, ce que je pouvais proposer d’autre pour me démarquer de la concurrence. Je me suis donc tourné vers la matière. A l’époque tout le monde travaillait encore avec de la mousse polyuréthane. Je me suis donc tourné vers une matière qui présentait des qualités supérieures, le latex synthétique, et j’ai créé une petite usine de production.
Vous parlez de latex synthétique, il n’était donc pas encore question à l’époque de latex naturel ?
Non, l’idée du latex naturel et l’orientation vers les matières végétales m’est venue quelque temps après. Je commençais à me dire que ce ne devait tout de même pas être très sain de dormir sur des matériaux issus de l’industrie pétrochimique. En 1996 j’étais le premier à fabriquer des oreillers en latex naturel ! Et je peux vous assurer que ce ne fut pas sans mal. Il n’existait aucune formule pour travailler le lait d’Hévéa qui est une matière vivante et difficile à maîtriser. Il m’a fallu trouver la bonne recette pour fabriquer la mousse de latex naturel qui convenait. Et comme toutes les bonnes recettes, c’est dans ma cuisine que je l’ai réalisé ! Mais ça n’était que la première des difficultés. Après il m’a fallu créer l’outil industriel qui permettrait de travailler ce latex naturel… Ce n’est finalement qu’en 2000 que j’ai réussi à aboutir et parfaire tout le processus de fabrication.
Depuis vous n’avez pas cessé de développer de nouveaux produits naturels ?
Je recherche constamment de nouveaux matériaux naturels que l’on puisse utiliser dans tous les produits qui de près ou de loin touchent au domaine de la literie. En 2006 j’ai mis au point une mousse viscoélastique à base d’huile de ricin. C’était une première mondiale. Grace à l’huile de ricin nous avons remplacé bon nombre des composants chimiques de la mousse viscoélastique et nous avons amélioré son confort. Depuis quelques temps nous travaillons également sur ce qui enveloppe les oreillers ou matelas. Nous développons des housses en coton bio et en fibres naturelles comme la fibre de bambou.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Une chose me tient particulièrement à cœur. La sève d’Hévéa ou le latex que nous utilisons vient d’Afrique. Nous sommes en train de développer avec nos partenaires africains un commerce équitable, ainsi qu’une économie durable. Je fais partie des utopistes qui pensent qu’un commerce éthique est toujours possible. Vous savez, au début des années 2000, de nombreuses personnes me conseillaient de délocaliser mon usine. A les entendre, rester en France c’était du suicide, ça ne pouvait pas être rentable. Pourtant j’ai tenu bon et aujourd’hui je n’ai pas à le regretter. Tant en terme de qualité qu’en terme humain. Je fais aujourd’hui travailler près de quarante personnes et je connais évidemment chacun de mes employés…